Chlordécone : un ami qui voulait du bien aux bananes antillaises

 |  par Patrick JEAN-PIERRE

La Guadeloupe et la Martinique sont contaminées pour des siècles par le chlordécone.

Ce pesticide d’une toxicité extrême a été utilisé massivement dans les bananeraies de ces deux îles de 1972 à 1993. Résultat : les écosystèmes y sont pollués et la quasi-totalité des Antillais sont eux aussi contaminés par ce perturbateur endocrinien.Cet empoisonnement, c’est aussi le résultat de décisions prises au plus haut niveau pour autoriser l’usage du chlordécone, dont les dangers étaient pourtant connus des autorités.

La commission d'enquête de l'Assemblée nationale a adopté son rapport sur ce pesticide. Elle réclame la création de deux fonds d'indemnisation : pour les victimes et pour la réparation des préjudices économiques.

Selon Serge Letchimy « Ça se terminera très mal si ce drame n'est pas pris au sérieux ». Le député socialiste de la Martinique et sa collègue Justine Benin (Modem, Guadeloupe) ont dévoilé, le 26 novembre, le travail mené par la commission d'enquête sur l'impact du pesticide, les responsabilités dans la prolongation de son autorisation et les réparations à mettre en œuvre. Publiées le 2 décembre, les conclusions de la mission d'enquête sont sans ambiguïté sur les responsabilités. Les archives exploitées par les parlementaires ont démontré « de manière très précise les responsabilités de l'Etat et des acteurs économiques dans cette pollution de grande ampleur ».

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« Le fonds d'indemnisation concentrerait toutes les aides spécifiques destinées à lutter contre le chlordécone, ainsi que les aides à la conversion vers l'agroécologie », explique Justine Benin. Au-delà du scandale lié à cet insecticide, il s'agit de « remettre en cause le système qui a donné lieu à un usage massif de ce poison », explique en effet Serge Letchimy.

Cela signifie d'abord de ne pas oublier la responsabilité des groupements de planteurs, dont le lobbying actif a permis ce scandale. En Martinique, les Békés sont directement montrés du doigt. Yves Hayot en particulier. Décédé en 2017, il serait impliqué de très près dans ce drame comme le souligne notre confrère. Son frère, Bernard Hayot, hérite des mêmes accusations. "Il n'est concerné en rien" affirme Emmanuel de Reynal, chef d'entreprise, interrogé par Franck Zozor.

Quoiqu'il en soit, la mission d'enquête parlementaire recommande une contribution de la filière de la banane au financement de la réparation et de la dépollution des terres.  Malgré des réticences, l'Union des groupements de producteurs de bananes est d'accord avec le principe d'une contribution, assure le député.

Justine Benin pointe ensuite des filières agricoles menacées par la prédominance de monocultures et la dépendance de plus en plus importante aux marchés extérieurs. « Les structures les plus aidées sont celles qui ont créé le problème », dénonce M. Letchimy. « Les Antilles doivent retrouver leur dignité à travers une production endogène », insiste le député martiniquais.

En septembre, une action collective a été initiée pour faire reconnaître la responsabilité de l'État. "À ce jour, plus de 2 000 personnes se sont inscrites à cette action", écrit leur avocat. En attendant sur le terrain, aux Antilles, l'impatience grandit comme le démontre ce témoignage.

Il faut cesser en effet de rejetter les responsabilités sur les autres, sur l'Eat. Les ministres français ne passent aux Antilles qu’au chevet de la banane des grands planteurs békés, devant lesquels les politiques locaux se plient. Une réalité coloniale qu’il faut nommer. La France protège ceux qui garantissent le prolongement de l’histoire coloniale, certe. Elle les goinfre d’aides en subventions diverses, lâche l’armée ou la police quand leurs intérêts sont menacés.

Mais que font les élus locaux ? 

Serge Letchimy monte au crénau aujourd'hui. Pourtant, Président du Conseil Régional, de 2010 à 2015, s'est-il jamais prononcé contre l’épandage aérien de pesticides sur l'île, déjà empoisonnée au Chlodécone ?

La journaliste Lisa David écrit : Pour justifier son silence complice, il répond dans une ITW  au journal « France-Antilles » (2 juin 2014) « Parce que, pour les dérogations, il n'y a pas d'avis demandé aux collectivités. »

La journaliste qui l’interroge s’étonne : « Mais il y a bien d'autres sujets sur lesquels vous donnez votre avis sans y être invités, non ? » Et il finit par avouer : « Personnellement, j'aurais donné un avis favorable sur ces dérogations, à titre temporaire, le temps d'avoir les solutions alternatives. Je n'ai d'ailleurs pas voté l'amendement proposé par les écologistes à l'Assemblée nationale, qui proposaient un arrêt immédiat de l'épandage. »

Lisa David souligne également je cite "le long combat de l’association écologiste ASSAUPAMAR,pour la santé des Martiniquais", obtenant même du Tribunal administratif que soit suspendu l’épandage aérien du Banol. Un pesticide qui avec le vent atteignait les maisons et jardins des particuliers, ayant le malheur d’habiter dans les communes arrosées.

Le Préfet de l’époque, Laurent Prévost était passé outre, justifiant l’injustifiable faute dans l’intérêt des planteurs encore :

« Ce qui m'a conduit à prendre cette décision, c'est, d'abord, le dossier déposé par les producteurs, au vu de l'état d'avancement des recherches pour des moyens alternatifs, ainsi que les diverses opinions qui se sont exprimées. Je constate aujourd'hui il n'y a pas de moyens plus efficaces que le traitement aérien pour mettre en oeuvre l'obligation de traiter la banane contre cette maladie. » (FA 11 mars 2013) 

Démasqués

Depuis le reportage de Martinique 1ère sur le chlordécone, tous les élus crient "Chlordécone" !
"LOL, MDR"  diront nos enfants qui comprendront que tout n'est pas la faute de l'État.



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