Le 3 février 2026, Emmanuel Macron, attablé à la cantine du lycée des Haberges à Vesoul, face à des lycéens qui se plaignaient de leurs journées trop longues, a lâché la phrase qui a fait tousser la moitié de la France : « Je me suis battu pour être élu, je suis très fier de ce que j’ai fait ».Très fier. Vraiment ? On se pince pour y croire.
On est en février 2026. Seize mois avant la fin d’un second mandat qui ressemble de plus en plus à une longue agonie politique.
L’Assemblée nationale est ingouvernable depuis la dissolution de 2024, le budget 2026 a été arraché au forceps après des mois de psychodrame, le Premier ministre bricole à coups de concessions tous azimuts, et le président annonce benoîtement une année « utile » dans des vœux expédiés en moins de dix minutes. Utile pour qui, au juste ?
Mais revenons à cette fierté revendiquée. Regardons les chiffres, sans fard ni éléments de langage
La dette publique frôle les 3 400 milliards d’euros (certains parlent déjà de 3 500 milliards). Elle a explosé de plus de 1 300 milliards sous ses deux mandats. « La dette, ça n’existe pas », avait-il lâché un jour.
Apparemment, elle existe assez pour que les intérêts nous étranglent un peu plus chaque année.
Le chômage ? Toujours supérieur à la moyenne de l’OCDE et de l’Union européenne dans de nombreux secteurs. L’objectif affiché du « plein emploi » (5 % en 2027) est déjà classé aux archives des promesses oubliées.
Le pouvoir d’achat ? Écrasé pour les classes moyennes et populaires depuis des années. Inflation cumulée, loyers qui flambent, factures énergétiques stratosphériques, et des mesures ponctuelles qui ressemblent à des pansements sur une hémorragie.
Les impôts ? Parmi les plus élevés de l’OCDE, malgré la suppression de l’ISF et la flat tax sur le capital qui ont essentiellement profité aux plus fortunés.
L’immigration ? Environ 500 000 entrées nettes par an en moyenne sur la période. Un sujet sur lequel 80 % des Français jugent l’action insuffisante ou désastreuse.
Les services publics ? Hôpitaux en sous-effectif chronique, écoles qui craquent, universités à bout de souffle, trains supprimés dans les territoires oubliés.
La sécurité ?
Que dire aujourd’hui, le 5 février 2026, à la maman de Théo (l’étudiant lyonnais de 19 ans agressé pour la troisième fois le 31 janvier, roué de coups par une bande de mineurs qui lui ont sauté sur la tête, et dont les suspects sont déjà sous contrôle judiciaire après interpellation).
Que dire aux victimes de viols (souvent des femmes, parfois des mineurs, dans un contexte où les plaintes pour violences sexuelles ont atteint 132 300 en 2025, dont environ 50 400 pour viols et tentatives de viol, en hausse de +9 % selon le SSMSI), aux victimes liées à des OQTF (comme celles agressées par des personnes sous obligation de quitter le territoire français non exécutée, cas récurrents dans l’actualité récente, par exemple l’affaire Claire Geronimi ou d’autres viols commis par des clandestins multirécidivistes), et aux victimes de refus d’obtempérer (souvent des policiers grièvement blessés, comme les trois à Nantes le 1er février 2026, ou d’autres cas où des courses-poursuites ont causé des blessures graves, avec 28 200 refus enregistrés en 2025, +11 %).
Et pourtant, il est « très fier ».Fier d’avoir tenu bon ? Fier d’avoir survécu politiquement malgré un rejet massif (89 % des Français estimaient déjà fin 2025 que le macronisme était un échec) ?
Fier d’avoir fait passer plus de budgets par ordonnances, 49.3 et bricolages parlementaires que n’importe quel prédécesseur récent ? Dans le même temps, les sondages sont implacables : seuls 25 % des Français jugent positif le bilan économique du quinquennat. Même chez les jeunes (33 % chez les moins de 35 ans), le score reste minoritaire. Chez les plus de 50 ans, on tombe à 19 %. Le centre lui-même est divisé.
Quant à l’électorat LFI ou RN, inutile de préciser : le bilan est perçu comme une catastrophe ambulante.Alors oui, Emmanuel Macron peut être fier de certaines choses si on regarde avec des lunettes très sélectives : maintien d’une certaine attractivité pour les investisseurs étrangers, baisse relative du chômage par rapport aux pires moments post-Covid, rôle actif sur la scène internationale (Ukraine, Afrique, Indo-Pacifique). Mais ces points positifs sont écrasés par l’ampleur des sujets qui fâchent : inégalités qui se creusent, sentiment d’abandon dans les territoires, défiance record envers les institutions, et surtout cette impression tenace que le pays s’appauvrit pendant que quelques-uns s’enrichissent encore plus.
« Je suis très fier de ce que j’ai fait », a-t-il dit en mangeant des frites avec des ados. La blague est cruelle : ce sont précisément ces ados, et leurs parents, et leurs grands-parents, qui paieront la note pendant des décennies.
Fin de règne ou fin de course, 2026 s’annonce comme l’année où l’on vendra les meubles pour payer l’électricité.
Et pendant ce temps, le locataire de l’Élysée déjeune à la cantine et affiche sa fierté.On rit jaune. Très jaune.