Dans l'univers automobile, les scandales liés à la fiabilité des moteurs ne manquent pas. Après les déboires bien connus du moteur PureTech de Stellantis, qui a touché des centaines de milliers de propriétaires en Europe, un nouveau bloc propulseur fait l'objet d'inquiétudes croissantes chez les experts et les conducteurs.
Il s'agit du moteur 1.0 EcoBoost de Ford, un trois-cylindres essence turbo qui présente des similitudes troublantes avec les problèmes du PureTech.
Pour bien comprendre l'ampleur du phénomène, revenons sur le moteur PureTech. Développé par l'ex-groupe PSA (désormais Stellantis), ce bloc 1.2 litres trois-cylindres essence a équipé des millions de véhicules des marques Peugeot, Citroën, DS et Opel depuis 2012. Sa conception innovante incluait une courroie de distribution "humide", immergée dans l'huile moteur pour réduire les frottements et prolonger sa durée de vie théorique à 240 000 km. Hélas, la réalité a été tout autre : l'huile chaude dégrade prématurément le caoutchouc de la courroie, libérant des débris qui obstruent la pompe à huile et le système de lubrification.
Résultat ? Des pannes moteur soudaines, souvent avant 100 000 km, avec des réparations pouvant dépasser 9 000 €. Stellantis a fini par réagir face à la pression des associations de consommateurs et des actions en justice. En 2023, une plateforme d'indemnisation a été lancée, couvrant partiellement les réparations pour les véhicules produits avant 2020. Une extension de garantie à 10 ans ou 175 000 km a également été mise en place, mais les critiques persistent : les refus d'indemnisation sont fréquents, et la nouvelle génération de PureTech (avec chaîne de distribution depuis 2024) n'efface pas les stigmates du passé.
C'est dans ce climat de méfiance que le moteur 1.0 EcoBoost de Ford émerge comme le "nouveau moteur qui inquiète les experts". Lancé en 2012, ce trois-cylindres turbo essence a été salué pour sa compacité, sa puissance (jusqu'à 125 ch) et sa faible consommation. Il équipe plus de 300 000 véhicules en France seul, et des millions à travers le monde. Mais comme le PureTech, il repose sur une courroie de distribution immergée dans l'huile – une technologie censée optimiser les performances, mais qui s'avère défaillante.Les premiers signalements datent de 2015-2018, mais l'affaire a pris de l'ampleur en 2025 avec une enquête ouverte par la NHTSA (l'agence américaine de la sécurité routière) suite à 44 plaintes pour des arrêts moteur inopinés sur des Ford Fiesta et Focus.
En Europe, des forums et groupes Facebook regorgent de témoignages similaires : pannes à 44 000 km, perte d'assistance au freinage, et même des risques d'incendie dans les cas extrêmes.
Les similitudes avec le PureTech sont frappantes
Dégradation prématurée de la courroie : L'huile décompose le caoutchouc, générant des fragments qui bouchent la pompe à huile et privent le moteur de lubrification.
Usure anormale : Des casses moteur surviennent bien avant les 240 000 km annoncés, parfois dès 80 000 km.
Symptômes communs : Voyants d'huile allumés, bruits inhabituels, surchauffe, et arrêts soudains en circulation, posant des questions de sécurité.
Cependant, Ford a évolué plus rapidement : dès 2018, le constructeur a remplacé la courroie de distribution par une chaîne sur les versions récentes du 1.0 EcoBoost. Mais un problème persiste – une courroie immergée reste utilisée pour la pompe à huile, source de pannes récurrentes. Des rappels ont eu lieu en Amérique du Nord (plus de 140 000 véhicules en 2024), mais en Europe, les actions sont plus timides.
Le 1.0 EcoBoost équipe une large gamme de Ford :Fiesta (2015-2017),Focus (2015-2018), Puma, B-Max, C-Max, EcoSport, Mondeo.
Les versions diesel apparentées (1.5 et 2.0 EcoBlue) sur Transit et Kuga présentent des soucis similaires.
Pour les propriétaires, le bilan est lourd : un remplacement de moteur peut coûter entre 9 000 € et 10 936 €, sans compter les frais de remorquage et de location de véhicule de remplacement.
Aux États-Unis, l'enquête de la NHTSA pourrait mener à des rappels obligatoires, mais en France, les associations comme UFC-Que Choisir appellent à une vigilance accrue.
Les mécaniciens et ingénieurs automobiles pointent du doigt une conception "trop optimiste" pour ces moteurs downsizés. "Ces technologies humides étaient prometteuses sur le papier, mais elles n'ont pas tenu face à l'usure réelle", explique un expert cité dans L'Automobile Magazine.
La NHTSA évalue actuellement les risques, avec des plaintes évoquant des pertes de puissance en pleine autoroute – un danger potentiel.Sur les forums comme Reddit ou Ford Owners Club, les débats font rage : les modèles post-2020 sont-ils fiables ? Les réponses sont mitigées, avec des cas isolés de pannes sur les versions à chaîne.
Ford affirme avoir "fondamentalement re-ingénierie" le moteur pour 2026, avec des améliorations de durabilité, mais les sceptiques attendent des preuves concrètes.
Ford minimise l'ampleur, insistant sur le respect des intervalles d'entretien : remplacement de la courroie tous les 10 ans (ou 6 ans/160 000 km pour les diesel). Mais les experts recommandent des contrôles plus fréquents – vérifiez l'huile tous les 10 000-15 000 km pour détecter des particules inhabituelles.
Stellantis, de son côté, observe de près, mais n'est pas directement impliqué. Pour les acheteurs d'occasion, fuyez les modèles pré-2020 ; optez pour des versions récentes ou des alternatives comme les moteurs à chaîne.
Ce nouveau chapitre illustre les risques des innovations automobiles poussées par les normes environnementales. Downsizing et technologies complexes boostent les performances, mais au prix de la fiabilité. Les experts appellent à plus de transparence des constructeurs et à des tests plus rigoureux. Pour les conducteurs, la vigilance reste de mise : un entretien scrupuleux peut limiter les dégâts, mais le spectre d'un "nouveau PureTech" plane sur Ford.