Quand les héritiers de Macron osent promettre des mesures alors qu’ils ont amené la France dans l’impasse.
À moins d’un an du scrutin des 18 avril et 2 mai 2027, Gabriel Attal et Édouard Philippe sont en campagne. L’un, ancien Premier ministre éphémère de 2024 et patron de Renaissance, a officialisé sa candidature fin mai depuis un village de l’Aveyron. L’autre, ex-Premier ministre de 2017 à 2020 et fondateur d’Horizons, a accéléré la sienne avec un grand meeting à l’Adidas Arena début juillet.
Tous deux se présentent en « héritiers » du camp central, sans trop coller l’étiquette Macron devenue toxique. Ils promettent l’« élévation », la refonte de l’école, la hausse des salaires, la maîtrise des frontières, l’IA au service du pays, le « zéro déficit » à horizon 2037 pour Attal, ou des efforts « justes et partagés » pour Philippe.
Belle audace. Car ce sont précisément les figures de ce macronisme qui ont contribué à plonger la France dans une impasse politique, budgétaire et institutionnelle sans précédent sous la Ve République.
Sous les deux mandats d’Emmanuel Macron (dont Attal et Philippe ont été des acteurs clés), la dette publique est passée d’environ 100 % du PIB en 2017 à plus de 117 % fin 2025/début 2026, frôlant les 3 536 milliards d’euros. Le déficit public stagne autour de 5 % du PIB malgré les promesses répétées de « sérieux budgétaire ». La croissance est atone (0,7 % prévue en 2026), l’effet boule de neige sur la dette s’enclenche, et la charge des intérêts explose.
Les crises (Covid, énergie) ont joué un rôle, mais les choix politiques aussi : baisses d’impôts non compensées, dépenses structurelles non maîtrisées, réformes à moitié faites ou contestées.
Résultat : la France fait moins bien que ses voisins européens sur la trajectoire budgétaire.Sur le plan politique, la dissolution surprise de l’Assemblée nationale en juin 2024 par Macron a produit une chambre ingouvernable. Successions de gouvernements (Barnier, Bayrou, Lecornu…), motions de censure, usage systématique du 49.3, budgets de compromis qui creusent encore le déficit… La France est dans l’impasse institutionnelle. Pas de majorité stable, pas de réformes de fond possibles, paralysie.
Attal était déjà aux manettes en 2024. Philippe l’avait été plus tôt. Ils font partie du système qui a fabriqué cette situation. Et aujourd’hui, ils osent promettre de la « reconstruire ».
Attal veut « débloquer l’avenir », faire que chaque génération vive mieux que la précédente, reprendre en main les finances publiques. Philippe parle d’efforts collectifs, de refonte massive de l’école, de prospérité et de sûreté. Des mots qui sonnent bien. Mais où était cette urgence quand ils gouvernaient ou soutenaient le pouvoir ? La dette a explosé sur leur montre. L’instabilité politique aussi. Les promesses d’hier (baisse des impôts sans contrepartie suffisante, « en même temps » qui n’a jamais vraiment marché sur les grands blocages) ont produit les blocages d’aujourd’hui. Maintenant, ils reviennent avec des versions rafraîchies : école, salaires, frontières, IA. Comme si le problème était seulement « le système bloqué » et pas les choix qui l’ont bloqué.C’est le tour de passe-passe habituel de la politique française : les mêmes élites, ou leurs dauphins directs, recyclent des discours de rupture et de redressement après avoir participé à l’enlisement. L’impasse ? Elle est commode. Elle permet de dire « c’est la faute des extrêmes », « c’est la faute de l’héritage », tout en évitant l’autocritique sur les années de pouvoir.
Oui, c’est ça. Un théâtre où l’on promet des mesures correctives après avoir contribué à créer le problème. Où l’on se présente en sauveur alors qu’on était dans la pièce précédente. Où l’on parle d’« élévation » et de « déblocage » sans expliquer comment on va réduire structurellement un déficit qui résiste à tous les gouvernements depuis des lustres, ni comment on va sortir d’une Assemblée fragmentée sans nouvelle dissolution ou coalition bancale.
Les Français ne sont pas dupes. Les sondages montrent un électorat macroniste morcelé, un président sortant très impopulaire, et une défiance générale envers ceux qui incarnent la continuité.
Attal et Philippe tentent de s’en émanciper (« ce n’est pas pour ou contre Macron, c’est l’après »), mais le lien est trop visible. Ils portent le bilan.La vraie question n’est pas de savoir s’ils sont « gentils » ou « compétents ». C’est de savoir si la France peut se permettre de confier à nouveau les clés à ceux qui, collectivement, ont conduit à cette impasse budgétaire et institutionnelle.
Que décidera de faire, de son côté, Elisabeth Borne, qui vient de quitter la direction de Renaissance et de publier un livre intitulé Réveillons-nous ! pour formuler "un certain nombre de pistes autour desquelles nous pourrons bâtir ensemble un projet pour les Français" ? Même question pour le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, pour Bruno Le Maire, qui a indiqué qu'il donnerait sa décision "en octobre" et pour le député Olivier Becht (apparenté Ensemble pour la République) qui envisage aussi une candidature.
Promettre est facile. Gouverner sans aggraver la dette, sans paralyser les institutions et sans décevoir une génération entière, c’est autre chose.
Alors oui, c’est ça la politique. Du moins, telle qu’elle se pratique trop souvent à Paris : de l’audace dans les promesses, de l’amnésie sur les responsabilités passées, et une impasse qui profite à ceux qui la dénoncent tout en l’ayant fabriquée.