Le 22 août, l’ONU célèbre solennellement la Journée internationale de commémoration des personnes victimes de violences en raison de leur religion ou de leurs convictions.
Résolution 73/296, discours ronflants, hashtags pieux. Pendant ce temps, 13 chrétiens sont tués chaque jour pour leur foi. En 2025, selon Open Doors, 4 849 ont été assassinés, dont 3 490 au Nigeria seul. 388 millions de chrétiens — un sur sept dans le monde — vivent sous persécution intense. Et ce n’est qu’une partie du tableau.
La religion, cette grande pourvoyeuse de sens, de consolation… et de cadavres.
Au sommet de la liste noire : Corée du Nord (régime athée totalitaire où croire en Dieu est trahison), Somalie, Yémen, Soudan, Érythrée, Syrie (remontée spectaculaire), Nigeria, Pakistan, Libye, Iran. Dans la plupart de ces pays, l’islam radical ou des régimes théocratiques dictent la loi. Apostasie = mort. Blasphème = lynchage. Conversion = exil ou exécution. Les Ahmadis au Pakistan, les Bahá’ís en Iran, les Yézidis rescapés de Daech, les Ouïghours en Chine, les athées et apostats dans les pays à loi islamique : la liste est longue.
Pourtant, les chrétiens restent, en chiffres absolus, les plus nombreux à mourir pour leur foi. L’Afrique subsaharienne concentre 93 % des assassinats. Au Nigeria, des villages entiers sont rasés par des milices fulani ou des groupes djihadistes pendant que le monde regarde ailleurs. En Asie, deux chrétiens sur cinq sont persécutés. En Syrie, la communauté chrétienne fond comme neige au soleil.
Ce n’est pas un accident de l’Histoire. C’est la logique même de nombreuses traditions religieuses quand elles détiennent le pouvoir : l’exclusivité de la vérité, la sanction de l’hérésie, la pureté communautaire. Le monothéisme, en particulier, a souvent transformé la foi en arme. Croisades, inquisitions, djihads, pogroms, chasse aux « infidèles » : le fil rouge est constant. Aujourd’hui, les versions soft (discriminer, harceler, interdire l’apostasie) coexistent avec les versions hard (égorger, brûler les églises, forcer les conversions).
L’ONU condamne « tous les actes de violence » et précise bien que le terrorisme ne doit être associé à aucune religion. Charmant. Pendant ce temps, des États membres de l’organisation — Pakistan, Iran, Arabie saoudite, etc. — criminalisent l’apostasie et le blasphème. Des gouvernements islamistes ou nationalistes hindous, des milices chiites ou sunnites, des régimes communistes anti-religion : tous continuent impunément.
L’Occident, lui, pratique la sélectivité morale avec un art consommé. On s’indigne (à juste titre) des massacres de musulmans ou des discriminations antisémites. On reste étrangement discret quand des milliers de chrétiens africains ou moyen-orientaux sont fauchés. Par peur d’être taxé d’« islamophobie » ? Par calcul géopolitique ? Par simple fatigue médiatique ? Le résultat est le même : silence complice. Les élites progressistes qui multiplient les journées de « tolérance » et de « diversité » s’étranglent rarement devant les lois sharia ou les pogroms anti-chrétiens.
Et les religions elles-mêmes ? Elles multiplient les appels interconfessionnels à la paix tout en protégeant jalousement leurs dogmes intolérants. Combien de leaders religieux musulmans condamnent sans ambiguïté les peines de mort pour apostasie ? Combien d’Églises occidentales osent nommer clairement les idéologies qui massacrent leurs coreligionnaires au Nigeria ou au Pakistan sans se réfugier dans le relativisme ?
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Le scandale n’est pas seulement la violence. C’est que des milliards d’êtres humains continuent d’accepter — ou de subir — des systèmes qui font de la croyance une affaire de vie ou de mort. La liberté de conscience, y compris celle de ne croire en rien et de le dire, reste le parent pauvre des droits de l’homme. Dans près de deux tiers des pays, cette liberté est gravement restreinte.
Une journée internationale ne change rien. C’est un emplâtre sur une jambe de bois, un exercice de communication pour se donner bonne conscience. Tant que les États théocratiques resteront des partenaires diplomatiques respectables, tant que les extrémismes religieux seront excusés par le « contexte » ou la « pauvreté », tant que la critique des dogmes sera assimilée à de la haine, le sang continuera de couler.
La religion n’est pas le mal absolu. Elle a produit de la beauté, de la solidarité, du sens. Mais elle reste, trop souvent, une machine à fabriquer de l’ennemi. Le jour où l’humanité traitera les prétentions exclusivistes des religions avec le même scepticisme qu’elle réserve aux idéologies politiques, peut-être alors le 22 août ne sera plus qu’un triste souvenir. En attendant, les morts s’accumulent. Et les discours aussi.