Institut Jeanne de France : les langues se délient.

 |  par Patrick JEAN-PIERRE
Souvenez-vous.
En novembre 2014, Patmedias.fr publiait un article « INSTITUT JEANNE DE FRANCE À NICE : UN ENFANT VICTIME D'HUMILIATION ET DE MALTRAITANCE. »

Malgré de nombreuses intimidations, la rédaction a poursuivi son enquête et publié un deuxième article sur cette loi du silence au sein de l’établissement, plusieurs fois contacté et qui n’a jamais voulu répondre.
L’enfant victime a changé d’école. Depuis, il va bien. Affaire close.
Eh bien non. Il y a environ quelques jours, une jeune fille que nous appellerons A, nous a contactés après avoir lu ces articles. Elle nous confie alors qu’elle souhaite témoigner à son tour.
A veut rester anonyme car elle est aujourd’hui comédienne.

Voici son histoire.

A avait 4 ans quand sa mère l’inscrit à l’Institut Jeanne de France. Pas d’autre choix possible.
Elle y restera jusqu’à l’âge de 7 ans.
Agée de 24 ans aujourd’hui, elle se souvient, comme si c’était hier, de 3 années d’humiliation.
Nous l’avons rencontré, accompagnée de sa mère, sur la Promenade des Anglais.
A notre première question « pourquoi avoir gardé si longtemps le silence », elle nous répond que ses parents, « ont fait pourtant une pétition à l’époque, car d’autres élèves subissaient les mêmes choses, contacté la direction qui restait silencieuse. Et au final la presse qui n’en a pas fait écho. »
« Tout le monde s’est désistée » poursuit elle.

Alors que s’est-il passé ?

Ses premiers souvenirs projettent la jeune fille en classe de maternelle.
« J’étais obligée d’utiliser ma main droite pour apprendre à écrire, alors que je suis gauchère. On m’a mis une fois la tête dans la poubelle pour me faire cracher le chewing-gum que j’avais dans la bouche. Une autre fois , j’avais fait pipi sur moi, ils m’ont dit : on va te mettre une culotte de garçon et tu t’en souviendras. »
Du coup elle a été placée avec des garçons en garderie en guise de punition.
Aujourd’hui la jeune femme explique cet acharnement, par le fait qu’elle ne correspondait pas à la norme. Elle était dyslexique.
Au fil de la discussion, elle revit son année de CP. Elle se souvient avoir pris une gifle pour avoir demandé la signification du mot « dégueulasse ».
« Comme ça tu t’en souviendras ? » Lui aurait répondu sa maîtresse.
Cette même maîtresse de CP qui lui aurait signifié son redoublement en lui affirmant qu’elle ne ferait jamais rien de sa vie.
Mais les souvenirs de A ne s’arrêtent pas là. En les évoquant, les larmes lui viennent. Mais elle veut témoigner dit elle « pas pour faire tomber des têtes, mais pour m’enlever un poids sur le cœur, pour dire, pour d’autres, pour avoir plus confiance en moi, dans le métier que j’exerce aujourd’hui. »
A se revoit alors à la cantine. Un jour, après avoir mangé du salami, elle se met à étouffer. Elle demande naturellement de l’aide. Et pour seule et unique réponse elle s’entend dire qu’elle fait « son cinéma ».
Tombée dans les pommes, la fillette s’est réveillée plus tard, seule dans une salle de sport, sans explications.
L’humiliation s’est poursuivie comme cette fois où sa maîtresse, en seconde année de CP, l’a obligé à manger une glace au café qu’elle venait de vomir.

Et pourquoi n’avoir rien dit aux parents ?

A se met à pleurer.
« j’étais un peu rêveuse, alors je suis devenue le souffre douleur des élèves et de ma maîtresse. En plus ils savaient que je n’allais rien dire. Ils me l’ordonnaient. Et même quand j’avais de bonnes notes, la maîtresse me soupçonnait d’avoir triché. L’école était devenue pour moi une prison et la maison la liberté»

A ce moment là, la mère de A prend la parole.
Elle a su pour sa fille un peu plus tard. Elle a d’abord questionné les enseignants.
En bonne mère, elle a fait faire à sa fille un test QI qui s’est révélé tout à fait normal.
Plus tard, A a été suivi par des spécialistes.
Et s’agissant des faits de harcèlement. Questionnée, la direction de l’époque, a minimisé la situation.
Rejetées par le corps enseignant et la direction, la mère a donc décidé de retirer son enfant de l’Institut Jeanne de France et de l’inscrire en école publique.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

A nous confie alors le long chemin pour se reconstruire, en allant voir plusieurs psychologues. Traumatisée, elle se sentait inférieure aux autres de son âge. « J’étais comme une petite fille morte » ajoute t elle.
C’est en discutant avec ses parents, qu’elle a fait des recherches sur internet sur ce problème de maltraitance à l’école.
Le déclic est venu en lisant l’histoire de ce petit garçon sur patmedias.fr.
« J’ai pleuré, j’ai été touchée et cela m’a amené jusqu’à vous. C’est une façon de me rendre justice. Je veux aider ainsi d’autres enfants qui n’ont pas été crus.
Et je veux enfin fermer cette putain de porte ».

A a voulu libérer la parole, en libérant sa parole, pour d’autres dans le même cas.
 

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