Le président de la collectivité de Saint-Martin a été placé en garde à vue, mercredi 21 janvier dernier dans le cadre d’une enquête ouverte pour "détournement de fonds publics" et "prise illégale d’intérêts".
Cette affaire, qui remonte à 2023, soulève des questions sur la gestion des ressources publiques dans cette petite île des Antilles françaises, partagée entre la France et les Pays-Bas. Le 14 janvier 2026, Louis Mussington a été placé en garde à vue et entendu toute la journée par la gendarmerie de Saint-Martin. Sa garde à vue a été levée le soir même, sans mise en examen immédiate.
Cette audition s'inscrit dans une enquête ouverte en 2023, suite à un courrier adressé au procureur de la République par quatre membres de l'opposition locale. Ces derniers dénonçaient les conditions de recrutement de plusieurs agents au sein de la collectivité.
Le parquet de Basse-Terre, en Guadeloupe, a confirmé l'ouverture de l'enquête pour "détournement de fonds publics" et "prise illégale d’intérêts".
Selon nos informations, L.Mussington a été interrogé sur l'attribution de plusieurs emplois à des "proches" depuis son élection en 2022.
Il s'agit notamment de suspicions de népotisme, avec des embauches de membres de sa famille ou d'associés proches au sein de l'administration territoriale.
La procureure de la République, Élodie Rouchouse, a indiqué que d'autres dossiers étaient en cours d'instruction, suggérant que l'affaire pourrait s'étendre au-delà des recrutements initiaux.
À ce stade, l'enquête est toujours en phase préliminaire, et aucune conclusion n'a été rendue publique.
Saint-Martin est une collectivité d'outre-mer (COM) française depuis 2007, dotée d'une large autonomie en matière fiscale, économique et administrative. Avec une population d'environ 35 000 habitants sur la partie française, l'île fait face à des défis structurels : reconstruction post-ouragan Irma (2017), tourisme dépendant et tensions sociales. Louis Mussington, élu président en 2022 sous l'étiquette du Rassemblement Saint-Martinois (RSM), a succédé à Daniel Gibbs. Son mandat est marqué par des investissements locaux, comme les 19 millions d'euros injectés dans la compagnie aérienne Air Antilles, actuellement en difficulté.
Dans ce contexte insulaire, où les réseaux familiaux et communautaires sont souvent étroits, les accusations de népotisme ne sont pas rares. Cependant, le droit français impose une stricte séparation entre intérêts publics et privés. Le détournement de fonds publics, défini par l'article 432-15 du Code pénal, punit l'usage illégal de biens publics à des fins personnelles, avec des peines pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison et 1 million d'euros d'amende. La prise illégale d'intérêts (article 432-12) vise les conflits d'intérêts, comme l'attribution d'avantages à des proches.Cette affaire intervient alors que Saint-Martin aspire à plus d'autonomie, avec des discussions sur la création d'un tribunal autonome et d'une prison locale, comme promis par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin en 2025.
La Collectivité territoriale de Saint-Martin (COM) est actionnaire majoritaire de la SEMSAMAR, avec environ 51 % du capital. Cela fait de la collectivité le principal actionnaire, ce qui lui confère un contrôle significatif sur les orientations stratégiques de la société via son conseil d'administration et ses représentants.
La SEMSAMAR agit souvent comme un outil opérationnel pour la collectivité dans plusieurs domaines : Réalisation de programmes de logement social ou intermédiaire (ex. : résidence Rock Hill à Grand Case, dont la première pierre a été posée par Louis Mussington en tant que président de la collectivité).
Aménagements urbains et infrastructures (ex. : extension du centre hospitalier de Saint-Martin, Maison des Associations à Grand Case).
Gestion de projets comme la Marina Port Royal (où un protocole transactionnel a été signé en septembre 2024 entre la COM, la SEMSAMAR et le port de Galisbay pour clore un litige datant de 2018).
Ces partenariats illustrent une collaboration étroite et institutionnelle : la collectivité mandate ou cofinance des projets via la SEMSAMAR, qui bénéficie de son expertise et de financements (notamment via la Caisse des Dépôts et Consignations, actionnaire minoritaire important).
Mais aucune information publique récente (à la date du 7 février 2026) ne lie directement la SEMSAMAR à l'enquête en cours pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts visant Louis Mussington.
Au cœur des soupçons : les recrutements effectués depuis 2022. Les opposants accusent Mussington d'avoir favorisé des embauches non justifiées, potentiellement au détriment des fonds publics. Par exemple, des postes auraient été attribués à des membres de sa famille, sans respect des procédures de recrutement ouvertes et transparentes requises pour les emplois publics.
Ce type d'affaire n'est pas isolé en outre-mer. Des précédents existent, comme les enquêtes sur des maires en Guyane ou en Polynésie pour des faits similaires. Ici, l'enjeu est de déterminer si ces embauches constituent un détournement – c'est-à-dire un usage détourné de l'argent public – ou une simple irrégularité administrative.
Dans un communiqué publié le 16 janvier 2026, Louis Mussington a qualifié l'audition de "programmée" et s'est dit "pleinement disposé à répondre à toutes les questions des enquêteurs, dans un esprit de transparence et de respect absolu des institutions".
Il invoque la présomption d'innocence et souligne que la procédure est en cours, sans pouvoir en détailler les éléments à ce stade.
Cette posture défensive est classique dans de telles affaires : elle vise à minimiser l'impact médiatique et à maintenir la confiance des électeurs. Mussington n'a pas démissionné et continue d'exercer ses fonctions, affirmant que l'enquête ne remet pas en cause sa légitimité.
Cette enquête pourrait avoir des répercussions locales et nationales. À Saint-Martin, elle risque d'attiser les tensions politiques, avec une opposition revigorée qui pourrait exiger plus de transparence dans la gestion publique. Sur le plan économique, elle intervient alors que la collectivité gère des fonds européens pour la reconstruction et le développement, ce qui pourrait attirer l'attention des autorités de contrôle comme la Cour des comptes. Si les faits sont avérés, Mussington pourrait faire face à une mise en examen, voire une destitution. Inversement, une clôture sans suite renforcerait sa position.
Pour l'instant, l'affaire reste ouverte, et d'autres auditions pourraient suivre.