On nous l’avait vendu comme une grande avancée sociale et écologique.
Le leasing social, cette location longue durée de voitures électriques à moins de 200 euros par mois pour les ménages modestes, allait enfin permettre aux plus précaires de l’outre-mer de passer à la mobilité « verte ».
Derrière l’annonce triomphale du gouvernement, se cache une nouvelle démonstration d’impréparation, d’aveuglement bureaucratique et de mépris implicite pour les réalités ultramarines.
Car oui, cette mesure sociale va se heurter aux spécificités locales. Mais pas comme on s’y attendait.
On aurait pu croire que le problème viendrait du climat tropical : batteries qui souffrent de la chaleur et de l’humidité, autonomie réduite, ou encore un réseau de bornes de recharge inexistant dans les campagnes de la Basse-Terre ou du Nord de la Martinique. On aurait pu imaginer que les routes dégradées et le sel marin accéléreraient l’usure des véhicules, rendant le leasing peu rentable. Ces difficultés existent, certes. Mais elles ne sont que secondaires.
Le vrai obstacle, le plus absurde et le plus injuste, est fiscal et administratif. L’octroi de mer, cette taxe locale sur les importations, s’applique aux véhicules électriques aux Antilles (environ 4 % + part régionale). À La Réunion, il est à 0 % sur les VE. Résultat : les voitures coûtent déjà 10 % plus cher avant même d’arriver chez le concessionnaire. Ajoutez des taux d’intérêt bancaires plus élevés, une valeur de revente plus faible à cause du climat et des routes, et le modèle économique du leasing social s’effondre. Les concessionnaires locaux l’ont dit clairement : « Ce n’est pas viable. »
Le dispositif national, pensé pour la métropole et calibré pour des prix hexagonaux, n’a tout simplement pas été conçu pour la Guadeloupe, la Martinique ou la Guyane. Un député l’a résumé sans fard : « Il n’a tout simplement pas été pensé pour nous. » Pendant que La Réunion bénéficie déjà du dispositif avec des loyers réalistes, les Antilles restent dans l’attente, avec un portail qui affichait « indisponible » il y a encore quelques mois. Et aujourd’hui, on nous promet une « ouverture » le 16 juillet sans aucune compensation structurelle de l’octroi de mer ni revalorisation des aides pour absorber les surcoûts locaux.
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C’est là que le cynisme devient insupportable. Les Antilles affichent des taux de pauvreté de 35 à 40 %, contre 14 % en métropole. La dépendance à la voiture individuelle y est totale, faute de transports en commun dignes de ce nom. Ce sont précisément les ménages modestes que le leasing social prétend aider qui en ont le plus besoin. Au lieu de cela, on leur offre une mesure théorique, inapplicable dans les faits, qui renforce le sentiment d’une France à deux vitesses : une métropole qui décide, une outre-mer qui subit.
Cette histoire n’est pas qu’une erreur technique. C’est un symptôme. L’État continue de plaquer des politiques « vertes » et « sociales » conçues à Paris sans intégrer les réalités économiques, fiscales et logistiques des départements d’outre-mer. On parle de transition écologique juste, mais on maintient des distorsions fiscales qui rendent l’accès à la voiture électrique plus cher ici qu’ailleurs. On parle d’inclusion sociale, mais on laisse les plus pauvres sur le bord de la route électrique.
Le 16 juillet, quelques chanceux parviendront peut-être à signer un contrat, au prix d’efforts herculéens et de loyers probablement plus élevés que les annonces officielles. La grande majorité restera exclue. Et le gouvernement pourra se féliciter d’avoir « étendu » le dispositif aux Antilles, sur le papier.
Les Antilles n’ont pas besoin de mesures symboliques. Elles ont besoin que l’on adapte enfin les règles fiscales, que l’on compense les surcoûts structurels et que l’on traite les territoires ultramarins comme des partenaires à part entière, et non comme des variables d’ajustement.
En pratique, les obstacles structurels restent (sauf si des ajustements rapides sont faits : exonération d’octroi de mer, compensation des surcoûts, ou obligation pour les constructeurs).
Le dispositif cible précisément les publics les plus précaires des Antilles, qui ont pourtant un fort besoin de mobilité (faible offre de transports en commun).
C’est donc une belle intention… qui risque de rester théorique sans adaptation locale.