Dix ans après son arrivée au pouvoir, la France n’est plus seulement en crise. Elle est en chaos permanent.
Un chaos politique, économique, social et institutionnel que l’on doit largement au président qui avait promis de « dépasser » les clivages et de réconcilier le pays. Le résultat est là : une nation fracturée, ingouvernable, appauvrie et humiliée.
Emmanuel Macron a eu tous les pouvoirs. Majorité absolue en 2017, réélection en 2022, contrôle de l’appareil d’État. Il les a utilisés pour imposer sa vision technocratique, arrogante et déconnectée. Aujourd’hui, la France paie l’addition.
Le sommet de l’absurdité a été atteint avec la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024. Un pari raté qui a plongé le pays dans une instabilité sans précédent sous la Ve République. Depuis, c’est la valse des Premiers ministres éphémères : gouvernements qui durent quelques semaines, motions de censure en série, coalitions impossibles. On a vu des exécutifs naître et mourir en quelques jours, comme ce gouvernement Lecornu réduit à l’état de farce institutionnelle.
La France est devenue ingouvernable. Plus de majorité, plus de cap, plus de vision. Le Parlement est paralysé, les budgets votés à coups de 49.3 ou de bricolages de dernière minute. L’instabilité a déjà coûté des milliards d’euros à l’économie (estimations de l’OFCE autour de 15 milliards depuis l’été 2024). Pendant ce temps, Emmanuel Macron continue de régner depuis l’Élysée comme un monarque en fin de règne, incapable de renouer le fil de la gouvernance.
C’est le résultat logique d’une présidence qui a méprisé le Parlement, dissous les corps intermédiaires et traité les oppositions comme des ennemis. Le « en même temps » a accouché du « n’importe quoi ».
Sur le plan économique, le bilan est tout aussi accablant. La dette publique a explosé : plus de 3 500 milliards d’euros en 2026, soit plus de 110 % du PIB, et des projections qui frôlent des sommets historiques. Les déficits publics restent structurellement élevés (autour de 5 % du PIB), malgré les promesses de rigueur et de « transformation ».
La France emprunte à des taux qui n’avaient plus été vus depuis des années.La croissance ? Macron la revendique « supérieure à celle de l’Allemagne ou de l’Italie ». Mais elle reste atone, fragile, plombée par l’instabilité politique. Le chômage, après une baisse relative au début du premier mandat, repart à la hausse. Le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires a été laminé par l’inflation, les taxes et les réformes qui ont surtout profité aux plus aisés.Les « réformes » tant vantées (code du travail, assurance chômage, retraites) ont souvent été des régressions sociales déguisées en modernité. La réforme des retraites de 2023, imposée au forceps avec le 49.3, a cristallisé le rejet. Des mois de manifestations, de grèves, de colères légitimes balayées d’un revers de main.
Sur le terrain social, c’est l’effondrement. Les Gilets jaunes, première grande secousse dès 2018-2019, ont révélé un pays en colère contre l’injustice fiscale et le mépris des élites. Puis les émeutes de 2023, l’explosion de la violence urbaine, l’ultra-violence qui gangrène certains quartiers. L’immigration incontrôlée, les promesses non tenues sur la sécurité, l’échec patent de l’intégration : tout cela forme un cocktail explosif que le pouvoir a nié ou minimisé trop longtemps.La société française est plus divisée que jamais. Polarisation extrême, haine des institutions, défiance record envers la classe politique. Macron, qui voulait incarner le « progressisme », a fini par incarner l’arrogance du pouvoir et l’impuissance de l’État.
Emmanuel Macron avait promis de « refonder » la République, de lutter contre les « corporatismes », de restaurer l’autorité de l’État. Il a livré l’inverse : un État affaibli, une République fracturée, une démocratie en berne. Son style vertical, jupitérien, a creusé le fossé avec les Français. Sa gestion des crises (Gilets jaunes, Covid, retraites, inflation) a souvent été chaotique, tardive ou autoritaire.
À moins d’un an de la fin de son mandat, il passe son temps à défendre un bilan qui s’effiloche. La France de 2026 n’est pas celle qu’il avait promise en 2017. C’est un pays plus endetté, plus divisé, plus instable et moins souverain.
Le chaos n’est pas un accident. Il est le résultat direct d’une présidence qui a cru pouvoir gouverner sans les Français, contre une partie d’entre eux, et sans jamais assumer ses échecs. Dix ans de « en même temps » ont produit dix ans de « n’importe comment ».