Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lancé un appel direct au calme et à la solidarité aux habitants de Tenerife avant l’arrivée prévue dimanche du MV Hondius.
Le 2 mai 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a été alertée d’un cluster inhabituel de maladies respiratoires graves à bord du paquebot d’expédition néerlandais MV Hondius. Au 8 mai 2026, huit cas d’infection par le virus Andes (un hantavirus) ont été confirmés ou probables : six confirmés en laboratoire et deux probables, avec trois décès (taux de létalité de 38 %). Le navire, parti d’Ushuaia (Argentine) le 1er avril avec 147 personnes à bord (88 passagers et 59 membres d’équipage de 23 nationalités), se trouve désormais en route vers les Canaries après avoir été bloqué au large du Cap-Vert.
Qu’est-ce que le Hantavirus ?
Les hantavirus sont une famille de virus zoonotiques portés par les rongeurs (rats, souris, campagnols). L’humain s’infecte principalement par inhalation ou contact avec l’urine, les fèces ou la salive d’animaux infectés – souvent lors de travaux de nettoyage ou de séjours en zones rurales.
Il existe deux grands syndromes :
-Le syndrome pulmonaire à hantavirus (HPS) en Amérique (atteinte respiratoire sévère).
-La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (HFRS) en Europe et Asie.
Le virus Andes, identifié ici, est le seul hantavirus connu pour permettre une transmission limitée d’homme à homme (contact rapproché prolongé, fluides corporels, cohabitation étroite). Il n’est pas aérien comme la Covid-19 ou la grippe. Le taux de létalité peut atteindre 40-50 % dans les formes graves en Amérique du Sud, mais les cas restent rares globalement.
Le cluster du MV Hondius en chiffres (au 8 mai 2026) :
-8 cas au total (6 confirmés Andes virus par PCR/séquençage).
-3 décès.
-4 patients hospitalisés (dont 1 en réanimation à Johannesburg).
-Symptômes : fièvre, troubles digestifs, puis pneumonie rapide, détresse respiratoire et choc.
-Origine probable : exposition aux rongeurs en Argentine/Chili/Uruguay avant l’embarquement (deux premiers cas voyageaient ensemble en Amérique du Sud). Transmission possible à bord via contacts étroits.
-Enquête en cours : traçage des passagers débarqués (notamment sur un vol Saint-Hélène → Johannesburg) et surveillance pendant 45 jours.
L’OMS a publié deux Disease Outbreak News (4 et 8 mai) avec une transparence inhabituelle pour ce type d’événement.
Les épidémies de hantavirus restent localisées et liées à des pullulations de rongeurs ou à des activités humaines (agriculture, écotourisme). En 2025, huit pays des Amériques ont déclaré 229 cas et 59 décès. Le virus Andes a déjà causé des clusters avec transmission interhumaine limitée (ex. : Épuyén en Argentine en 2018-2019 : 34 cas, 11 morts). Pas de pandémie historique, car la contagiosité reste faible hors contacts très rapprochés. Pas de traitement antiviral spécifique : prise en charge uniquement supportive (oxygénation, réanimation).

Non, pas cette fois. La comparaison avec les premiers mois de la Covid-19 (janvier-mars 2020) ne tient pas :
-En 2020, l’OMS et la Chine avaient tardé à reconnaître la transmission interhumaine et minimisé le risque pandémique.
-Ici, l’OMS réagit en 48 heures : alerte le 2 mai, confirmation du virus Andes, publication immédiate des DON, coordination avec 5 pays, envoi de kits de diagnostic, expert à bord, traçage des contacts. Le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus déclare publiquement : « C’est un incident grave, mais l’OMS évalue le risque pour la santé publique comme faible. » Il précise que plus de cas sont possibles en raison de la période d’incubation, sans édulcorer.
Points positifs de la réponse OMS :
-Évaluation réaliste : risque modéré pour les passagers/équipage du navire, faible au niveau mondial.
-Pas de restrictions de voyage ou de commerce (mesure proportionnée).
-Communication claire sur la transmission : zoonose + H2H limitée (Andes seulement), pas de risque aérien.
-Collaboration rapide avec CDC, ECDC, Africa CDC et pays concernés.
Les limites et les questions qui restent :
Sous-estimation du risque H2H ?
-Le virus Andes a déjà démontré une transmission en milieu familial ou festif. Un paquebot est un milieu confiné idéal. L’OMS parle de « transmission limitée », mais certains experts rappellent que ce fut suffisant pour des clusters mortels en Argentine. Faut-il isoler plus strictement les contacts ?
-Surveillance passive. Comme souvent avec les zoonoses « rares », on réagit une fois le cluster déclaré. Or, l’Argentine connaît une augmentation des cas depuis fin 2025.
-Médiatisation vs réalité. Les réseaux sociaux parlent déjà de « prochain Covid ». L’OMS a raison de calmer le jeu : ce n’est pas une pandémie potentielle. Mais minimiser le risque pour éviter la panique n’est pas la même chose que cacher des faits.
Vigilance sans paranoïa
Le cluster du MV Hondius rappelle une vérité inconfortable : les zoonoses restent une menace permanente tant que l’interface homme-animal n’est pas mieux contrôlée. Le virus Andes est dangereux, mais pas transmissible comme la Covid. L’OMS ne semble pas le minimiser : elle communique vite, avec des faits, et sans alarmisme excessif.
Cela dit, la vraie leçon de la Covid est claire : la transparence totale et la préparation (surveillance des rongeurs, kits de diagnostic rapides, protocoles H2H) sauvent des vies. Tant que l’on reste dans le registre « incident grave mais contenu », tout va bien. Si de nouveaux cas apparaissent hors du navire ou si la transmission s’étend, il faudra revoir l’évaluation sans tarder.
Pour l’instant, le risque pour le grand public reste faible. Mais en 2026, après tout ce que nous avons vécu, il est légitime de rester vigilant… et de demander à l’OMS de continuer à publier les données en temps réel, sans filtre.