L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron – le tout premier, celui qui a ouvert le quinquennat de la « start-up nation » – annonçait avec la solennité d’un homme d’État : « Pour construire l’avenir de Mayotte, l’urgence est de fermer les vannes de l’immigration. Pas à moitié. Totalement. »
Suspension de l’enregistrement des demandes d’asile pendant tout un quinquennat, moratoire sur l’immigration familiale, suspension totale du droit du sol déjà restreint en 2025, centre de retour en Afrique de l’Est pour « éloigner rapidement et massivement » les irréguliers. Tout y est. Mayotte, 323 000 habitants dont la moitié de nationalité étrangère, saturée, asphyxiée, reconstruite après le cyclone Chido : le diagnostic est juste. La prescription, radicale.
Incroyable, vraiment. Car celui qui parle ainsi a gouverné la France de 2017 à 2020. Sous sa houlette, le même État a vu les flux migratoires continuer, les régularisations se poursuivre, le droit d’asile rester le totem intouchable, et Mayotte… rester Mayotte. Pendant des années, les « vannes » de l’archipel ont coulé à flot sous un gouvernement qu’il dirigeait. Aujourd’hui candidat Horizons à la présidentielle de 2027, favori des sondages à droite, il découvre soudain que « la République ne peut pas demander aux Mahorais de supporter ce qu’elle n’accepterait nulle part ailleurs ». Bravo pour la lucidité tardive. Mais qui a laissé faire jusqu’ici ?
À Calais, à Paris, à Marseille, dans les villes moyennes submergées par les mêmes flux, les mêmes tensions sur l’école, l’hôpital, le logement, la sécurité ? Pourquoi Mayotte mériterait-elle un traitement d’exception – suspension, moratoire, fermeture totale – tandis que le continent continuerait de digérer, année après année, des volumes que plus personne ne contrôle vraiment ? Si la saturation justifie l’arrêt net outre-mer, quelle magie géographique rend acceptable la même saturation ici ? Philippe se dit « attaché au droit d’asile, qui fait partie de notre tradition républicaine ». Très bien. Mais alors, pourquoi ce droit devient-il suspendable à Mayotte et intouchable ailleurs ? Cohérence ou opportunisme électoral ?
Car ne nous y trompons pas : l’élection présidentielle approche, et les promesses débordent. Chacun y va de sa fermeté migratoire. Les uns disent « fermer les vannes », les autres « reprendre le contrôle », les troisièmes « arrêter l’appel d’air ». Tout le monde a compris que le sujet est devenu explosif. Mais les mêmes qui ont géré – ou plutôt laissé dériver – pendant des années se parent aujourd’hui des habits de la rigueur. Philippe n’est pas le seul. Il est simplement le plus spectaculaire : l’ancien Premier ministre de Macron qui, à quelques mois du scrutin, bascule « à droite toute » sur Mayotte pour se démarquer.
Dans un entretien au Figaro publié le 20 août 2026, la députée Estelle Youssouffa (LIOT, 1ʳᵉ circonscription de Mayotte) qualifie l’annonce de Philippe (fermeture « totale » des vannes de l’immigration, suspension de l’enregistrement des demandes d’asile et du droit du sol pendant le prochain quinquennat) de « message fort et nécessaire ».
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Elle explique :
« Mayotte, c’est Ceuta et Melilla au carré. Paris doit admettre notre géographie et signifier aux Somaliens, aux Congolais, aux Burundais et à toutes ces personnes qui arrivent illégalement du continent africain en bateau, que Mayotte ne peut pas être une porte d’entrée pour l’Europe. »
Elle pointe notamment l’existence d’un camp illégal regroupant des milliers de migrants africains à Tsoundzou (dans la mangrove), dont elle réclame depuis des mois la destruction et l’évacuation : « En vain, le gouvernement ne fait rien. »
Sur BFMTV (21 août), elle a ajouté que « Édouard Philippe met les pieds dans le plat et il a raison », tout en insistant sur le fait qu’« aucun candidat à l’élection présidentielle ne peut faire l’impasse sur Mayotte et la question migratoire chez nous ».
Malgré cette approbation sur le fond, Estelle Youssouffa – proche de Gérald Darmanin – a clairement indiqué qu’elle ne soutiendra pas Édouard Philippe. Elle critique aussi la visite annoncée du Premier ministre Sébastien Lecornu, estimant que la situation reste « catastrophique » sur l’archipel.
D’autres élus mahorais (comme la députée Anchya Bamana) ont régulièrement dénoncé l’immigration et le camp de Tsoundzou ces derniers mois, mais aucune réaction aussi directe et médiatisée n’a été relevée de leur part sur les propositions précises de Philippe au 21 août 2026.
L’immigration comorienne hors de contrôle, les nouvelles routes des Grands Lacs, la pression démographique : tout cela est réel et insupportable pour les Mahorais.
Mais transformer un archipel en laboratoire de fermeté tout en maintenant le statu quo continental, c’est de la communication, pas de la politique. Et multiplier les promesses à six mois d’une présidentielle, c’est le sport national français : on ferme les vannes en paroles, on les rouvre en actes dès que les urnes ont parlé.