COP26 : peuples autochtones, manifestations et l’appel à la fin de la guerre contre la nature

 |  par Nouvelles de l'Onu
ONU Info/Grace Barret Des militants autochtones manifestent dans les rues de Glasgow, ville hôte de la COP26, lors de la conférence historique des Nations Unies sur le climat.

Alors que des millions de personnes sont descendues dans les rues des villes du monde entier samedi pour réclamer une action climatique plus forte, des pays participant aux négociations de la COP26 se sont engagés à investir dans des solutions fondées sur la nature et à adopter une approche plus écologique de l'agriculture.

Mère Nature, ou « Pachamama », comme elle est dénommée en Amérique latine, était à la une ce samedi alors que la Conférence des Nations Unies sur le climat arrive à mi-parcours. 

La nature est essentielle à notre survie.  Elle fournit l'oxygène dont nous avons besoin pour respirer, régule les régimes climatiques, fournit de la nourriture et que de l'eau à tous les êtres vivants.  Elle abrite d'innombrables espèces sauvages, ainsi que les écosystèmes dont elles ont besoin pour survivre. 

Toutefois, selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), l'activité humaine a perturbé près de 75 % de la surface de la Terre et a placé environ un million d'espèces animales et végétales sur la liste des espèces menacées.

Nous avons surexploité les ressources de la nature, déboisant des terres pour l'agriculture et l'industrie de l'élevage, tandis que le changement climatique exacerbe désormais cette dégradation plus rapidement que jamais, en accentuant l'érosion et la désertification. 

Les océans, qui absorbent environ un tiers de nos émissions de carbone, sont devenus pollués, ce qui signifie qu'ils perdent leur capacité à jouer le rôle de « tampon » contre le changement climatique, selon l'agence scientifique des Nations Unies, l'UNESCO.

Il est clair que l'humanité « mène une guerre contre la nature », comme l'a déclaré à plusieurs reprises le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, appelant à une action climatique plus robuste.

« Nous ne pouvons pas continuer à pousser la nature dans un coin et nous attendre à ce qu'elle tienne ses promesses. Nous voulons qu'elle séquestre le carbone, qu'elle fournisse les tampons et les mangroves contre les tempêtes fortes et qu'elle soit les poumons du monde », a déclaré la Directrice exécutive du PNUE, Inger Andersen, à ONU Info lors de la COP26 samedi.

« Mais lorsque nous nous en prenons à la nature, celle-ci nous envoie des factures sous la forme de tempêtes de plus grande intensité, d'incendies plus nombreux, de vagues de chaleur et de sécheresses plus nombreuses », a souligné Mme. Andersen.

Un appel à des solutions fondées sur la nature

La résolution du problème du changement climatique ne peut se faire sans résoudre le défi de la perte de biodiversité et des écosystèmes dégradés, a souligné un panel de haut niveau auquel a participé Mme Andersen.

Il y a deux milliards d'hectares de terres dégradées et nous avons tous besoin de manger : la question est donc de savoir si nous allons abattre des forêts vierges ou restaurer ces terres pour en faire un paysage fonctionnel.  

La cheffe du PNUE a appelé à l'unité et à la coopération afin de trouver les solutions nécessaires à la restauration de la nature et à la lutte contre le changement climatique. 

« Les transformations socio-économiques dont nous avons besoin ne se produiront que si nous réinitialisons notre relation avec la nature, en comprenant que nous ne pouvons plus investir dans ce qui nuit à notre planète », a-t-elle déclaré. 

À mesure que les pays se remettent de la pandémie de Covid-19, la demande pour des solutions fondées sur la nature pour lutter contre le changement climatique et favoriser la reprise économique s’accroit.

Il s'agit d'initiatives qui présentent des avantages pour la nature et pour les personnes, a expliqué à ONU Info Mme Andersen.

« Comment la nature peut-elle nous aider et comment pouvons-nous aider la nature ? Il y a deux milliards d'hectares de terres dégradées et nous avons tous besoin de manger : la question est donc de savoir si nous allons abattre des forêts vierges ou restaurer ces terres pour en faire un paysage fonctionnel », a-t-elle souligné. 
 

Un petit village autochtone, situé au plus profond de la forêt dans une région éloignée de la République du Congo.
UNICEF/Vincent Tremeau
Un petit village autochtone, situé au plus profond de la forêt dans une région éloignée de la République du Congo.

Protéger les experts originels de la nature 

Personne ne connaît mieux la meilleure façon de protéger la nature que les peuples autochtones de la planète. Ils ont été très actifs, tant à l'intérieur et qu’à l'extérieur de la COP à Glasgow cette semaine, s'efforçant d'influencer les négociations de toutes les manières possibles, y compris en manifestant dans les rues.

« La culture autochtone nous apprend à respecter les rivières, les lacs, les plantes, les animaux et les êtres spirituels qui vivent dans ces lieux. Vous ne pouvez pas résoudre la crise climatique sans inclure les peuples autochtones et sans protéger leurs territoires », a déclaré l'activiste Eloy Terena à ONU Info.

ONU Info a également rencontré Victoria Tauli-Corpuz, à la COP26.  L’ancienne Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a rappelé que les communautés autochtones sont vraiment les experts de la vie en harmonie avec la nature, raison pour laquelle leurs territoires contiennent actuellement 80 % de la biodiversité mondiale.

« Nous utilisons véritablement la nature pour résoudre tous nos problèmes de sécurité alimentaire, d'eau, de changement climatique et d'autres services ; et nous l'avons fait d'une manière qui ne détruit pas la nature. Nous avons donc beaucoup à partager avec le monde dominant et nous avons besoin de soutien pour empêcher que les gouvernements nous criminalise et pour protéger nos territoires », a-t-elle souligné.

La défenseure de l'environnement a signalé que si les communautés autochtones ont des lois et des coutumes strictes pour protéger la nature, les États ont des lois contradictoires.

« Par exemple, aux Philippines, nous avons une loi sur les droits des autochtones, mais nous avons aussi la loi sur l'exploitation minière ainsi qu'un accord sur les investissements qui les poussent à extraire nos ressources », a-t-elle déclaré.

Au cours de la COP, les représentants autochtones font évoluer leur stratégie pour influencer certaines des décisions qui doivent être prises d'ici la fin de la semaine, concernant notamment l'article 6 de l'Accord de Paris, qui établira les règles des marchés du carbone et d'autres formes de coopération internationale, a fait valoir Mme Tauli-Corpuz.

« Nous poussons pour faire comprendre que nous ne pouvons vraiment pas avoir de mécanismes basés sur le marché s'ils violent les droits des populations autochtones », a-t-elle précisé. 
 

Le parc national de Tayrona, dans la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie.
ONU Info/Laura Quinones
Le parc national de Tayrona, dans la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie.

Une question de vie et de mort

Bien que les communautés ancestrales ne contribuent pratiquement pas au changement climatique, elles en sont l'une des victimes les plus vulnérables.

Daniela Balaguera est issue de la communauté autochtone Arhuaco, dans le nord de la Colombie. Cette tribu ancestrale qui vit dans la Sierra Nevada de Santa Marta, une chaîne de montagnes isolée et distincte des Andes, qui traverse le centre du pays et sert de source à 36 rivières différentes. 

« Nos territoires sont censés être sacrés. Ils sont destinés à la conservation de l'environnement, mais ils ne sont pas vraiment traités de cette manière et c'est là que nous devons creuser davantage », dit-elle. 

« S'il s'agit de zones protégées, elles devraient bénéficier des garanties et des droits qui leur ont été reconnus mais qui ne sont pas exercés », ajoute-t-elle. 

Pour elle, et pour de nombreux autres militants qui se sont exprimé lors de la COP, le changement climatique est une question de vie ou de mort.

« Nous sommes menacés d'une seconde extinction de nos pratiques culturelles, ce qui est extrêmement inquiétant car ce serait le second massacre, le second anéantissement de notre peuple », a déploré Daniela Balaguera.

Des militants autochtones manifestent dans les rues de Glasgow, ville hôte de la COP26, lors de la conférence historique des Nations Unies sur le climat.
ONU Info/Grace Barrett
Des militants autochtones manifestent dans les rues de Glasgow, ville hôte de la COP26, lors de la conférence historique des Nations Unies sur le climat.

Négociations en cours

Les préoccupations de Mme Balaguera ont trouvé écho dans les rues de Glasgow ce samedi et dans de nombreuses autres villes du monde, comme Londres et Paris, où des militants de tous âges et de tous horizons ont appelé à une journée mondiale d'action.

Entre-temps, les hôtes de la COP ont annoncé que 45 gouvernements s'engagent à prendre des mesures urgentes, à investir pour protéger la nature et passer à des modes d'exploitation agricole plus durables.

Ce nouvel engagement vise à transformer l'agriculture et les systèmes alimentaires a travers des réformes politiques, ainsi que la recherche et l'innovation, afin de réduire les émissions et de protéger la nature - le tout en garantissant l'alimentation et l'emploi. 

Il s'agit notamment de mobiliser plus de 4 milliards de dollars de nouveaux investissements du secteur public dans l'innovation agricole, y compris le développement de cultures résistantes au climat et de solutions régénératrices pour améliorer la santé des sols, tout en rendant ces techniques et ressources abordables et accessibles à des centaines de millions d'agriculteurs.  

Environ un quart des émissions de gaz à effet de serre dans le monde proviennent de l'agriculture, de la foresterie et d'autres utilisations des terres.

Le président de la COP26, Alok Sharma, s’est également félicité samedi que la Déclaration de Glasgow sur les forêts, présentée en début de semaine, avait été signée par 130 pays, couvrant 93 % de la couverture forestière mondiale. 

Faisant le point sur les négociations en cours à la COP26 devant les journalistes, M. Sharma a indiqué que de nombreux accords avaient été conclus, sur des sujets tels que le genre, l'agriculture et l'adaptation nationale.



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