Un litige foncier vieux de 25 ans qui reste en suspens.
L’« affaire Pinto » est un dossier emblématique des conflits fonciers ultramarins en Martinique. Il oppose Hervé Pinto, président du Kolektif Jistis Matinik (KJM) et co-héritier des terres de son arrière-grand-père Félix « Dédère » Grat (achetées en 1874 au quartier Clouette, aux Trois-Îlets), à des promoteurs, lotisseurs et co-héritiers dans le cadre d’une indivision complexe. Pinto accuse des irrégularités notariales (prescription trentenaire de 1985 contestée) et revendique la restitution de parcelles loties en villas et terrains constructibles. Le dossier, devenu hautement politique et symbolique (lutte contre « l’injustice coloniale » et le « vol de terre »), a entraîné tensions, manifestations, violences et harcèlements réciproques.
Avril 2024 : Condamnation en première instance à 15 mois de prison avec sursis, interdiction de se rendre sur le lotissement Clouette et indemnisation d’une vingtaine de plaignants (nuisances, harcèlement moral).
Juillet 2024 : En appel à Fort-de-France, la peine est alourdie à 30 mois de prison dont 20 mois ferme, 10 mois avec sursis probatoire et 170 000 € d’amende. Pinto ne se présente pas à l’audience (son avocat quitte la salle pour vice de procédure). Mandat d’arrêt lancé.
Décembre 2024 : Hervé Pinto « disparaît » (il ne se rend pas à la justice). Il reste actif sur les réseaux sociaux (TikTok notamment), se revendiquant en « neg mawon » (esclave marron symbolique). Les élus de l’Assemblée territoriale votent une motion de soutien.
18 mars 2026 : La Cour de cassation (chambre criminelle) casse partiellement l’arrêt d’appel du 11 juillet 2024. Elle annule la peine d’emprisonnement ferme, estimant qu’elle n’était pas suffisamment motivée, mais ne revient pas sur la culpabilité de Pinto pour les faits reprochés (port d’arme blanche, harcèlement, troubles à la tranquillité, violences aggravées, menaces).
Le point avec Maître AUTEVILLE
Le litige foncier de fond (propriété des terres du quartier Clouette / Hameau de la Pagerie) n’est pas réglé. Il illustre le « cancer de l’indivision » et les dysfonctionnements notariaux en Martinique, avec des enjeux bien plus larges que le seul cas Pinto (plusieurs affaires similaires sur l’île).
L’affaire reste hautement sensible : symbole de résistance pour une partie de la population martiniquaise, elle est vue par d’autres comme un conflit familial et de voisinage instrumentalisé politiquement.