Ce n’est pas une déprime passagère. C’est un cri. Et vous n’êtes pas seul.
En France, selon une étude Ipsos de 2024 relayée par Le Figaro, près de 58 % des actifs de 35 à 50 ans déclarent avoir déjà ressenti « une forte envie de tout plaquer » au cours des douze derniers mois. Le phénomène a même un nom dans les cabinets de psychologues : la Great Resignation à la française, ou plus simplement « le burn-out du quotidien ». Mais derrière les chiffres se cache une réalité plus intime, plus romanesque : celle du personnage qui se réveille dans le mauvais livre.
Vous avez 42 ans. Un crédit sur trente ans qui pèse comme un deuxième corps. Deux enfants qui grandissent à une vitesse sidérante, plus vite que vos ambitions qui, elles, ont pris racine dans un tiroir depuis 2017. Le frigo ricane tous les soirs : « T’as toujours pas fait les courses, hein ? » Vous cochez toutes les cases de la « vie réussie » : couple stable, voiture qui roule, vacances en juillet, abonnements Netflix et salle de sport (que vous n’utilisez plus depuis mars 2023). Et pourtant. Certains matins, vous êtes ce personnage de roman mal écrit. L’auteur a dû se tromper de chapitre.
Vous deviez être le type qui part en van avec un chien baptisé Bob, pas celui qui valide son Timesheet à 18 h 59 en se demandant si c’est vraiment ça, la vie.
Les psys parlent de « dissonance cognitive existentielle ». Traduction : votre cerveau sait que vous avez construit une vie cohérente, mais votre âme hurle qu’elle n’était pas faite pour ça. Le sociologue Jean-Claude Kaufmann, dans son ouvrage La Lenteur de l’âme, décrit ce moment comme « l’irruption du désir sauvage dans le cadre domestique ». Autrement dit : le retour du sauvage en costume-cravate.