Haïti : les médias français en parlent peu, ou pas du tout

 |  par Rédaction Patmedias

Le bilan est pourtant triste et lourd . 3 000 personnes tuées en 2025, un terrible bilan humain de la fureur des gangs en Haïti.

Plus de 3 000 personnes ont été tuées en Haïti depuis le début de l’année 2025 d’après un rapport de l’Organisation des Nations Unies. Le pays compte 1,3 million de déplacés, dont la moitié d’enfants. 1600 écoles sont fermées. 

Haïti n’en finit plus de s’enfoncer dans la crise, en témoignent les récentes observations de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Vendredi 11 juillet, Ravina Shamdasani, l’une des porte-parole du Haut-Comissariat aux droits de l’homme, faisait état « d’au moins 3 141 personnes tuées en Haïti », « entre le 1er janvier et le 30 juin ». Un chiffre alarmant lié à la violence des gangs dans le pays, qui ne cesse de s’intensifier.

Lors de la présentation des conclusions d'un rapport périodique sur la situation à Haïti, le 3 juillet dernier, le Comité des droits de l’homme s’est dit profondément préoccupé par les violences sexuelles subies par les femmes et les enfants du pays. Les experts fustigent « les viols collectifs et la prostitution forcée », qui sont utilisés à grande échelle par les gangs pour semer la terreur et punir la population ».

« Dans les zones contrôlées par les gangs, les femmes et les filles courent le risque d’être violées collectivement par des membres de gangs armés en plein jour ».

Risques de représailles et impunité

Le Comité a constaté avec préoccupation l’impunité largement répandue pour les violences sexuelles et le faible taux de signalements de ces violences. Il souligne notamment les risques de représailles, de stigmatisation et de marginalisation des victimes, de l’insuffisance des soins de santé, des services psychosociaux pour les victimes et des services juridiques, et du manque de confiance dans le système judiciaire.

Le Comité appelle donc l’État haïtien à intensifier ses efforts pour éliminer la violence à l’égard des femmes, notamment lutter contre l’impunité pour les violences sexuelles des gangs et protéger les victimes.

Explosion des violences sexuelles dans les zones de déplacement

Les conclusions du Comité font écho à un rapport publié en mai dernier par ONU Femmes. L’agence onusienne avait fait état d’une « nette augmentation » des violences sexuelles fondées sur le genre, notamment dans les sites de déplacement.

Les femmes sont les principales victimes de ces violences : viols, viols collectifs, enlèvements et meurtres. Elles sont particulièrement exposées lors d’incursions de gangs dans les quartiers résidentiels. Les filles, quant à elles, sont davantage vulnérables lorsqu’elles se trouvent dans la rue.

Sur un autre plan, le Comité exprime sa préoccupation face aux affrontements entre gangs, responsables de victimes collatérales parmi la population, ainsi que face au ciblage direct de celle-ci par les gangs et à l’incapacité de la Police Nationale d’Haïti à assurer sa protection.

Démanteler les gangs et les « brigades d’autodéfense »

En outre, les experts s’inquiètent des informations selon lesquelles la police nationale d’Haïti aurait un recours excessif ou disproportionné à la force léthale et certaines autorités auraient recours à des exécutions extrajudiciaires.

Il s’inquiète également des informations concernant des cas de lynchages, lapidations, mutilations et brulures à vif par des soi-disant « brigades d’autodéfense ».

Le Comité note avec préoccupation que certains de ces meurtres auraient été encouragés, soutenus ou facilités par des membres de la police nationale d’Haïti, et que l’État haïtien n’a pas fourni de précisions concernant d’éventuelles enquêtes, poursuites ou peines dans ce contexte.

Les experts demandent donc à Port-au-Prince de prendre des mesures pour démanteler les gangs et les « brigades d’autodéfense ». Il s’agit également de redoubler d’efforts pour prévenir et éliminer la corruption dans les institutions de l’État, l’une des causes profondes de l’insécurité et des violations des droits de l’homme.

Pendant ce temps en France

Les médias s'intéressent en boucle, à juste titre , aux peuples, Ukrainien, Gazaoui, Iranien. Quid du peuple Haïtien ?
Un nouvel Ambassadeur de France a été nommé en Haïti. Le mercredi 21 août 2024, Monsieur Antoine Michon, a rendu une visite de courtoisie à l’Ambassade d’Haïti en France, où il a rencontré le Chargé d’Affaires d’Haïti en France, Monsieur Louino Volcy. Le renforcement des relations bilatérales ainsi que la nécessité de promouvoir les liens amicaux et historiques qui existent entre les deux pays étaient au cœur de cette rencontre. Beau programme !

Les autorités françaises sont à la rue. Notamment en Afrique, en Algérie avec l'affaire Boualem Sansal. Et pour rappel, s'agissait d'Haïti, premier pays à se libérer du joug de l’esclavage par une insurrection victorieuse, Haïti obtient son indépendance de la France en 1804. Mais le prix à payer pour oser défier l’ordre colonial ne se fait pas attendre. Le 17 avril 1825, sous la menace des canons de la flotte française, Haïti accepte de verser une indemnité de 150 millions de francs-or à la puissance européenne.

Officiellement, cette somme vise à dédommager les planteurs français pour les « biens perdus » à l’indépendance, mais le montant est en réalité largement supérieur aux pertes subies.

« La France a forcé ceux qui avaient obtenu l’indépendance d’Haïti - d’anciens esclaves - à compenser les perdants - leurs anciens maîtres », a tranché Monique Clesca, une journaliste et activiste d’origine haïtienne, lors d’un débat sur la question de la dette coloniale du pays, au siège des Nations Unies à New York.

Snapshot 255©patmedias.fr

Le prix de la liberté : la double dette

Très vite, cet impôt levé sur la liberté se révèle trop lourd pour la première république noire du monde, prise dans la spirale de l’endettement. « Lorsque nous n’avons plus été en mesure de payer, la France nous a tourné le dos et a poussé ses banques à nous prêter de l’argent : c’est la raison pour laquelle nous parlons de double dette », a expliqué la journaliste haïtienne.

En 1914, plus des trois quarts du budget du pays sont toujours siphonnés par le versement des indemnités aux banques françaises. Ce n’est qu’en 1947, plus de 140 ans après son indépendance, qu’Haïti finit par rembourser sa dette. « La France a commis une injustice énorme dont nous ressentons encore les effets aujourd’hui », a dénoncé Mme Clesca.

Une enquête approfondie du New York Times, publiée en 2022, révèle que le total versé par Haïti à la France équivaut à 560 millions de dollars actuels. Une somme qui, selon les estimations de certains économistes, aurait ajouté plus de 20 milliards de dollars à l’économie haïtienne au fil du temps, si elle était restée dans le pays.

Haïti aujourd’hui : l’héritage de la dette

Si Haïti incarne un tournant majeur dans l’histoire de l’émancipation humaine, le pays est aujourd’hui en proie à un tourbillon de violences perpétrées par des gangs armés, qui se partagent 85 % de sa capitale, Port-au-Prince. C’est aussi la nation la plus pauvre d'Amérique latine et des Caraïbes, selon la Banque mondiale.

De la paralysie institutionnelle, en passant par le trafic d’armes et la corruption, les défis rencontrés par le pays sont légions. Mais aux yeux de l’Instance permanente des Nations Unies pour les personnes d’ascendance africaine, les causes de ses difficultés ne font aucun doute : elles ont trait au passé.

« Les crises persistantes des droits humains en République d'Haïti [...] trouvent leur origine dans les héritages de l'esclavage, du colonialisme, du paiement de la dette, des menaces et interventions militaires », affirme cet organe consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, créé en 2021, dans une analyse de la situation haïtienne, publiée le mois dernier.

Une reconnaissance tardive

En réponse à de telles accusations, le président de la France, Emmanuel Macron, a annoncé, jeudi, la création d’une commission d’historiens franco-haïtiens pour évaluer l’impact de l'indemnité haïtienne. Cette commission sera ensuite chargée de formuler des recommandations.

Tout en saluant cette annonce, Martin Kimani, un membre de l’Instance permanente, a estimé que l’efficacité de la nouvelle commission dépendrait de sa volonté de reconnaître pleinement l’ampleur des conséquences de la dette imposée par la France.

« Nous appelons à une restitution des sommes financières et à des mesures réparatrices pour remédier au sous-développement d’Haïti », a insisté M. Kimani, lors du débat au siège de l’ONU, organisé dans le cadre de la journée de clôture de la quatrième session de l’Instance permanente, qui avait lieu cette semaine.

Demande de restitution des fonds

Selon la presse, le chef de l’État français n’évoque pas, à ce stade, une éventuelle réparation financière, telle que réclamée non seulement par l'Instance permanente, mais également par les autorités haïtiennes.

« Le passé colonial impose des responsabilités qui doivent être assumées collectivement par la France et la communauté internationale », a ainsi estimé Pierre Ericq Pierre, le Représentant permanent d'Haïti auprès de l’ONU, venu participer au débat.

Pour l’ambassadeur haïtien, les racines structurelles des inégalités persistantes dans le pays sont bien liées à son histoire coloniale et à l’imposition de cette dette, que les Haïtiens qualifient plus communément de « rançon ». Il est donc naturel à ses yeux que les sommes versées soient restituées à Haïti. « Ce n’est pas une revanche », a-t-il affirmé. « C’est un acte de vérité et de justice ».

Il est vrai que la France "sait" remercier. Les Etats-Unis et le Panama, par exemple de leur travail comme co-plumes, qui a permis d’aboutir à l’adoption à l’unanimité de la résolution de renouvellement du mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).
Ce Bureau a un rôle à jouer pour accompagner les autorités haïtiennes en vue d’un retour à la stabilité et d’une sortie durable de la crise profonde qui traverse le pays. Ce soutien est nécessaire pour faciliter le processus de transition politique, pour aider à la pleine mise en œuvre du régime de sanctions, pour accompagner la montée en capacités des forces de sécurité haïtiennes, pour mettre en place des mécanismes de démobilisation des gangs et pour œuvrer au renforcement des systèmes judiciaire et pénitentiaire haïtiens.

Bel acte de diplomatie et de politique étrangère.

Soulignons enfin qu'Emmanuel Macron a annoncé jeudi 17 avril 2025 qu’une commission franco haïtienne d’historiens allait étudier « l’impact » sur Haïti de la « lourde indemnité financière » imposée par la France à son ex-colonie en échange de son indépendance. Le chef de l’État n’a pas évoqué une éventuelle réparation financière.



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