Esclavage et langue de bois, le paradoxe de Nouakchott

 |  par Patrick JEAN-PIERRE

Le leader anti-esclavagiste mauritanien, Biram dah Abeid, conteste les mensonges du gouvernement sur cette épineuse problématique.

Alors qu’une sortie médiatique du nouveau président mauritanien, Mohamed Ahmed El-Ghazouani, a défrayé le chronique récemment – puisque l’intéressé a défendu contre vents et marées la lutte menée par Nouakchott à l’encontre du fléau esclavagiste qui gangrène le pays – le leader du mouvement abolitionniste IRA, B. Abeid, est immédiatement monté au créneau pour remettre les points sur les i dans ce dossier.

« Je suis d’accord avec le chef de l’Etat quand il dit que la Mauritanie n’institutionnalise pas l’esclavage dans ses lois modernes. Mais la Constitution stipule que la source de la loi en République islamique de Mauritanie, c’est la charia. Et la charia islamique veut dire ici rite malékite. (Dans les faits), le rite malékite légitime non seulement l’esclavage mais il le codifie et le sacralise ! », a ainsi pesté le militant lors d’un meeting organisé jeudi dernier dans la capitale, et relayé par RFI.

Parallèlement, de nombreuses ONG, à l’image d’Amnesty International, ne manquent pas de condamner régulièrement cette communication étatique qui sonne comme un déni persistant et trébuchant.

Un artifice législatif

Et pour cause, la politique nationale en la matière laisse perplexe puisque outre l’abolition de l’esclavage en 1981, l’Etat l’a également érigé au rang de crime contre l’humanité en vertu d’une loi votée en août 2015. Un texte sensé sanctionné “les contrevenants” à des peines pouvant aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement, contre 5 à 10 ans auparavant.

Pourtant, dans les faits, près de 43 000 personnes en subissaient encore les conséquences en 2016, soit environ 1% de la population totale, souligne un rapport de l’organisation, relayé par VOA Afrique.

Et il est peu probable que le cru 2019 inverse sensiblement cette courbe, laisse entendre le directeur d’Amnesty pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale : « Les lois n’ont pas été mises en oeuvre ni appliquées de manière adéquate. Ces dernières n’ont eu aucune incidence sur la vie des gens », explique ainsi Alioune Tine.

Quant à François Patuel, chercheur pour l’Afrique de l’Ouest, ce dernier condamne sans ménagement la langue de bois opérée par les autorités qui préfèrent « s’en prendre à ceux qui s’opposent au discours officiel ».

Les Haratins, symbole d’un État malade

Pour information, la société civile mauritanienne a également laissé éclater son mécontentement, lundi 29 avril, dans les rues de Nouakchott, pour défendre l’égalité d’accès aux droits sociaux, politiques et économiques des Haratins.

Ces descendants d’esclaves noirs – amenés des régions subsahariennes par les marchands arabes ou berbères, ou issus de la période d’esclavagisme du monde arabo-musulman – sont en effet largement stigmatisés par les élites locales.



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